L’Âge Hyborien

Notes tirées des manuscrits d’Howard, traduites par Patrice Louinet et François Truchaud.

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 Cet essai ne doit en aucune façon être interprété comme une tentative de ma part d’avancer une quelconque théorie qui s’opposerait à la conception classique de l’Histoire. Il s’agit tout simplement du cadre imaginaire dans lequel se déroule une série de récits de fiction. Lorsque j’ai commencé à rédiger les histoires de Conan, il y a quelques années de cela, j’ai préparé cette « Histoire » de son époque et des peuples de celle-ci, afin de conférer au personnage et à ses sagas une vraisemblance accrue. Je me suis rendu compte que si j’adhérais aux « faits » et à l’esprit de cette « Histoire » en écrivant mes nouvelles, il m’était plus facile de visualiser (et par conséquent de mettre en scène) le personnage, d’en faire un être de chair et de sang et non un personnage en carton-pâte. Je n’ai jamais violé les « faits » ni l’esprit de cette « Histoire » dans mes écrits sur Conan et ses aventures dans les différents royaumes de son époque. J’en ai au contraire suivi les grandes lignes, m’en servant de la même façon qu’un auteur de récits historiques suit les lignes de l’Histoire authentique. J’ai utilisé cette « Histoire » comme guide pour tous les récits que j’ai écrits pour cette série.

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Le cataclysme – vidéo issue du trailer de For Honor pour l’E3 2016

De l’époque connue par les chroniqueurs Némédiens sous le nom d’Ère Précataclysmique, on ne sait pas grand-chose excepté sur sa dernière phase, et celle-ci est déformée par les brumes de la légende. La période historique connue débute avec le déclin de la civilisation précataclysmique, dominée par les royaumes de Kamélie, de Valusie, de Vérulie, de Grondar, de Thulé et de Commorie. Ces peuples parlaient des langues voisines, ce qui tendrait à prouver une origine commune. Il existait d’autres royaumes, tout autant civilisés, mais les races qui les peuplaient étaient différentes et apparemment plus anciennes.

Les barbares de cette époque étaient les Pictes – qui vivaient sur des îles très lointaines au large de l’océan Occidental – les Atlantes – qui habitaient une petit continent situé entre les îles Pictes et le continent principal (dit « Thurien ») – et les Lémuriens – qui vivaient sur une série de grandes îles dans l’hémisphère est.

De vastes territoires restaient inexplorés. Les royaumes civilisés, bien qu’immenses en superficie, n’occupaient qu’une fraction de la surface du globe. La Valusie était le royaume le plus à l’ouest du continent Thurien et le Grondar le plus à l’est. À l’est de Grondar, dont les habitants sont sensiblement moins raffinés que ceux des autres royaumes Thuriens, s’étendaient des terres désertiques, incultes et désolées. Dans les régions les moins arides de ce désert, ainsi que dans les jungles et les montagnes, vivaient des clans dispersés et des tribus de sauvages primitifs. Loin au sud se trouvait une civilisation mystérieuse, sans lien avec la culture Thurienne, et d’une nature apparemment pré-humaine. Sur les rivages les plus à l’est du continent évoluait une autre race, humaine celle-là, mais mystérieuse et d’origine non-Thurienne avec laquelle les Lémuriens entraient en contact de temps à autre. Ses habitants étaient originaires d’un mystérieux continent inconnu qui se trouvait quelque part à l’est des îles Lémuriennes.

La civilisation Thurienne s’effondrait ; ses armées étaient composées en majeure partie de mercenaires barbares. Des Pictes, des Atlantes et des Lémuriens y occupaient des postes de généraux, d’hommes d’État, et souvent de rois. Les querelles entre ces royaumes, les guerres entre la Valusie et la Commorie, et les conquêtes grâce auxquelles les Atlantes fondèrent un royaume à l’intérieur des terres nous sont mieux connues par les légendes que par les faits historiques.

Puis le cataclysme ébranla le monde. L’Atlantide et la Lémurie sombrèrent et les îles Pictes se soulevèrent pour former les pics montagneux d’un nouveau continent. Des portions du continent Thurien disparurent sous les flots, le reste devenant de grands lacs intérieurs de des mers. Des volcans entrèrent en éruption et de terribles tremblements de terre réduisirent en poussière les villes impériales autrefois étincelantes. Des nations entières furent rayées de la carte.

Les Barbares s’en sortirent un peu mieux que les races civilisées. Les habitants des îles Pictes furent anéantis, mais une importante colonie de ceux-ci, établie près de la frontière dans les montagnes du sud de la Valusie, et faisant office de tampon contre les invasions étrangères, fut épargnée. Le royaume continental des Atlantes échappa lui aussi à la destruction, et des milliers de leurs compatriotes les y rejoignirent en bateau, quittant leur pays qui s’enfonçait lentement sous les eaux. De nombreux lémuriens gagnèrent la côte est du continent Thurien, qui n’avait été que peu affectée. Là, ils furent réduits en esclavage par la race ancienne qui les avait précédés en cet endroit, et pendant les milliers d’années qui suivirent, leur histoire se résuma à une servitude brutale.

Dans la partie occidentale du continent, les changements de conditions de vie favorisèrent l’émergence d’étranges espèces d’animaux et de plantes. Des jungles épaisses recouvrirent les plaines, de grands fleuves tracèrent leurs sillons jusqu’à la mer, des montagnes déchiquetées se soulevèrent  et des lacs submergèrent les ruines des anciennes villes qui s’élevaient dans les vallées fertiles. Des myriades de bêtes fauves et de sauvages – hommes-singes et singes – abandonnèrent leurs territoires engloutis et gagnèrent le royaume continental des Atlantes. Contraints de lutter sans cesse pour leur survie, ces derniers réussirent cependant à conserver quelques vestiges de l’état de barbarie avancée qui avait été le leur. Désormais dépourvus de minerai et de métaux, ils se mirent à travailler la pierre comme l’avaient fait leurs ancêtres éloignés, et ils étaient parvenus à un niveau artistique remarquable lorsque leur culture encore vacillante entra en contact avec la puissante nation Picte. Les Pictes étaient eux aussi retournés au silex, mais leur population et leur connaissance des arts de la guerre avaient progressé de manière bien plus rapide. À la différence des Atlantes, ils ne faisaient preuve d’aucune disposition artistique particulière ; c’était une race plus rude, plus pragmatique, et plus prolifère. Ils ne laissèrent aucune peinture derrière eux, aucune sculpture sur ivoire, à l’inverse de leurs ennemis, mais on devait retrouver grande quantité d’armes en silex d’une efficacité redoutable.

Ces royaumes de l’âge de pierre entrèrent en conflict, et, dans une succession de guerres sanglantes, les Atlantes, inférieurs en nombre, furent renvoyés à leur état de sauvagerie tandis que l’évolution des Pictes subit un coup de frein. Cinq cent ans après le Cataclysme, les royaumes barbares ont disparu. Il s’agit désormais de nations sauvages – les Pictes – qui mènent une guerre continuelle contre une autre tribu de sauvages ; les Atlantes. Les Pictes avaient l’avantage du nombre et leur unité, tandis que les Atlantes s’étaient réorganisés en clans plus ou moins soudés. Voilà donc à quoi ressemblait la partie occidentale du monde à cette époque.

Au loin, à l’est, coupés du reste du monde par le soulèvement des montagnes titanesques et la formation d’une chaine de grands lacs, les esclaves Lémuriens peinent sous le joug de leurs maitres anciens. Quant à l’extrême Sud, il est toujours voilé de mystère. Épargnée par le cataclysme, sa destinée est toujours pré-humaine. Issus de races civilisées du continent Thurien, les rescapés d’une nation non Valusienne habitent les montagnes basses du Sud-Est ; on les appelle les Zhemri. Cà et là, à la surface du globe, on trouve des clans dispersés de sauvages anthropoïdes, ignorant tout de la montée et du déclin des grandes civilisations. Mais dans l’Extrême Nord un autre peuple gravit lentement l’échelle de l’évolution et va bientôt faire son apparition.

Au moment du cataclysme, un groupe de sauvages, dont le niveau de développement n’était guère plus élevé que celui de l’homme de Néandertal, s’était enfui vers le nord afin d’échapper à l’anéantissement. Ces hommes arrivèrent dans les pays enneigés dont les seuls habitants étaient des singes des neiges particulièrement féroces, des animaux énormes, au pelage blanc, apparemment originaires de ces lieux. Les sauvages combattirent ces derniers, les repoussant au-delà du cercle polaire, où ils périrent … du moins le pensaient-ils. En fait, ces derniers s’adaptèrent à leur nouvel environnement et y prospérèrent.  

Les guerres entre les Pictes et les Atlantes ayant mis un terme à ce qui aurait pu être le début d’une nouvelle culture, un second cataclysme, de moindre ampleur, apporta des modifications supplémentaires au paysage du continent, transformant la chaîne de lacs intérieurs en une grand mer et contribuant à séparer d’avantage l’Ouest et l’Est. Les tremblements de terre, inondations et éruptions volcaniques qui accompagnèrent ce second cataclysme parachevèrent la destruction des barbares, entamée dès le début des guerres tribales.

Un millier d’années après le second cataclysme, le monde occidental ressemble à une contrée désolée composée de jungles, de lacs et de fleuves. Dans les collines du Nord-Ouest, on trouve des bandes d’hommes-singes errants, dépourvus de parole, ignorant la maîtrise du feu et des outils. Ce sont les descendants des Atlantes, retournés au chaos hurlant de la bestialité de la jungle dont leurs ancêtres avaient eu tant de mal à s’extirper des années auparavant. Dans le Sud-Ouest se trouvent des clans dispersés de sauvages dégénérés vivant dans des cavernes dont le langage est des plus primitifs, mais que l’on appelle toujours Pictes ; le terme a évolué dans sa signification pour venir simplement à désigner des êtres humains pour les distinguer des véritables bêtes fauves avec lesquelles ils se disputent désormais la vie et la nourriture. C’est là le seul point commun avec leur état antérieur. Ni les pitoyables Pictes, ni les Atlantes simiesques n’ont de contacts avec d’autres tribus ou peuplades.

Loin à l’est, les Lémuriens, quasiment réduits à l’état de bêtes sauvages du fait de la brutalité de leur servitude, se sont révoltés et ont anéanti leurs maîtres. Ils sont devenus des sauvages arpentant les ruines d’une civilisation étrange. Les survivants de cette dernière ayant échappé à la furie de leurs esclaves ont fui en direction de l’ouest. Ils tombent alors sur le mystérieux royaume pré-humain du Sud, le renversent et y apportent leur culture, qui se substitue à l’ancienne, bien que modifiée au contact de celle-ci. Le nouveau royaume prend le nom de Stygie ; des restes de l’ancien royaume semblent cependant avoir survécu, et même avoir fait l’objet d’un culte, bien après que la race en tant que telle eut disparu.

Cà et là de par le monde, de petits groupes de sauvages montrent des signes d’évolution ; ils sont dispersés et mal identifiés. Mais dans le Nord, les tribus sont en pleine croissance. Ces peuples sont appelés Hyboriens, ou Hybori ; leur dieu était Bori, un grand chef dont les légendes disaient qu’il était plus ancien encore, étant en fait le roi qui les avait conduits vers le nord à l’époque du grand cataclysme et dont les tribus avaient conservé le souvenir dans leur folklore.

Ces peuples sont disséminés partout dans le Nord et progressent lentement vers le Sud au rythme de lentes expéditions, jusqu’alors ils ne sont entrés en contact avec aucune autre race ; leurs guerres ont toujours été intestines. Quinze siècles dans les pays du Nord en ont fait une race d’hommes de grande taille, tirant vers le roux, aux yeux gris, des hommes vigoureux et guerriers, et qui ont déjà fait preuve de qualité artistiques, étant naturellement enclins à la poésie. Ils subsistent principalement grâce à la chasse, mais les tribus du Sud pratiquent l’élevage depuis quelques siècles. Il y eut une exception à leur isolement complet des autres races : un homme vagabondant jusque dans le Grand Nord revint avec la nouvelle que les étendues glacées prétendument désertes étaient en fait habitées par une tribu assez nombreuse d’hommes-singes, descendants, jura-t-il, des bêtes chassées des terres habitables par les ancêtres des Hyboriens. Il insista pour qu’une vaste expédition guerrière soit envoyée au-delà du cercle arctique afin d’exterminer ces bêtes qui, jura-t-il également, étaient en train d’évoluer pour devenir des hommes à part entière. On se moqua de lui ; un petit groupe de jeune guerrier aventureux le suivit dans le Nord, mais aucun d’entre eux n’en revint.

Cependant des tribus d’Hyboriens émigraient vers le sud, et ce mouvement s’amplifia au rythme de la croissance de leur population jusqu’à devenir très important. L’ère qui suivit fur une époque de migrations et de conquêtes. Dans l’histoire du monde, des tribus et des mouvements de tribus se succèdent dans un panorama sans cesse mouvant.

Observez le monde cinq cents ans plus tard. Des tribus d’Hyboriens aux cheveux fauves se sont déplacées vers le sud et l’ouest, subjuguant et anéantissant de nombreux clans inconnus. Absorbant le sang des races ainsi conquise, les descendants des premiers émigrants montrent des signes de modification des traits. Ces races au sang mêlé sont alors supplantées par d’autres émigrants Hyboriens au sang pur, balayant tous ceux qu’ils trouvent sur leur passage comme autant de fétus de paille. Tout cela eut pour résultat d’accentuer les métissages et d’aboutir à un résultat hétéroclite, composé de débris et de restes de races.

Les conquérants ne sont pas encore entrés en contact avec les races plus anciennes. Dans le Sud-Est, les descendants des Zhemri, ayant reçu un coup de fouet par l’admixtion de sang nouveau, suite à leur mélange avec une tribu non identifiée, cherchent à retrouver ce qui avait été leur culture. Dans l’Ouest, les Atlantes simiesques se mettent à gravir lentement l’échelle de l’évolution. Ils ont complété le cycle de l’existence ; cela fait bien longtemps qu’ils ont oublié avoir été des hommes ; ignorants de quelque état antérieur que ce soit, ils recommencent leur lente ascension, sans l’aide – et débarrassés – du souvenir d’avoir été humain. Plus au Sud, les Pictes sont restés sauvages, défiant apparemment les lois de la nature en ce sens qu’ils ne progressent ni de déclinent. Très loin dans le Sud sommeille le royaume de Stygie, ancien et mystérieux. Sur ses frontières orientales errent des clans de nomades sauvages, déjà connus sous le nom de fils de Shem.

À côté des Pictes, dans la grande vallée de Zingg, protégée par de grandes barrière de montagnes, une tribu primitive apparentée peut-être aux Shémites, a élaboré une société et un mode de vie agricole avancés.

Un autre facteur est venu s’ajouter à l’élan des migrations Hyboriennes. Une tribu de cette race a découvert l’usage de la pierre pour les constructions, et le premier royaume Hyborien est né, le rude royaume d’Hyperborée, qui trouve son origine dans une forteresse grossière faite de rochers, érigée afin de repousser une attaque tribale. Le peuple de cette tribu abandonna rapidement ses tentes en peau de cheval pour des maisons de pierre, primitives certes, mais solidement bâties ; protégés de la sorte, leur puissance augmenta. Il est peu d’événements aussi dramatiques dans l’Histoire que cette ascension du royaume barbare et primitif d’Hyperborée, dont les membres abandonnèrent abruptement leurs mœurs nomades pour ériger des demeures de pierre nue, entourées de murs cyclopéens ; une race à peine émergée de l’âge de la pierre polie et qui, par un caprice de la nature, apprit les premiers rudiments de l’architecture.

L’ascension de ce royaume chassa de nombreuses autres tribus. Vaincus par les armes ou refusant de se soumettre au joug de leurs semblables habitant désormais des châteaux, de nombreux clans se lancèrent dans de longues expéditions qui leur firent parcourir la moitié du globe. Et déjà, les tribus situées le plus au nord commencent à être victimes de raids de grands sauvages blonds, guère plus avancés que des hommes-singes.

Le récit des milles années qui suivent est celui de l’ascension des Hyboriens, dont les tribus guerrières dominent la partie occidentale du monde. Des royaumes primitifs commencent à prendre forme. Les envahisseurs aux cheveux fauves ont trouvé les Pictes sur leur chemin, chassant ceux-ci vers les terres incultes de l’Ouest. Dans le Nord-Ouest, les descendants des Atlantes, gravissant seuls l’échelle de l’évolution, passant de l’état simiesque à celui de sauvagerie primitive, mais ne sont pas encore entrés en contact avec les conquérants. Loin à l’est, les Lémuriens sont en train d’évoluer en une sorte de semi-civilisation à part entière. Dans le Sud, les Hyboriens ont fondé le royaume de Koth, sur les frontières de ces régions pastorales connues sous le nom de Terres de Shem. Les sauvages de ces régions, grâce au contact des Hyboriens et des Stygiens (ces derniers ayant ravagé leurs terres pendant des siècles), émergent de la barbarie. Les sauvages blonds du Grand Nord ont vu leur nombre et leur puissance croître, entraînant la migration vers le sud des tribus Hyboriennes du Nord, qui poussèrent par ricochets des tribus apparentées devant elles. L’antique royaume d’Hyperborée est renversé par l’une de ces tribus nordiques, qui peur leur nom au passage. Au sud-est de l’Hyperborée, un royaume Zhemri est né et prends le nom de Zamora. Dans le Sud-Ouest, une tribu de Pictes a envahi la vallée fertile de Zinngg, a conquis les populations agricoles qui y résidaient, et s’est installée parmi elles. Cette race mélangée est à son tour conquise plus tard par une tribu d’Hybori nomades, et de cet amalgame naquit le royaume de Zingara.

Cinq cent ans plus tard les royaumes à la surface du globe sont clairement définis. Les royaumes Hyboriens – L’Aquilonie, la Némédie, la Brythunie, l’Hyperborée, Koth, Ophir, Argos, la Corinthie et celui connu sous le nom de Royaume Frontière – dominent le monde occidental. Zamora se trouve à l’est et Zingara au sud de ces royaumes ; ces deux peuples se ressemblent – même couleur de peau et même mœurs exotiques – mais ne sont pas apparentés. Plus loin au sud sommeille la Stygie, épargnée par l’invasion étrangère, mais les peuples de Shem ont troqué le joug Stygien contre celui de Koth, moins pénible. Leurs maîtres à la peau sombre ont été chassés au sud du grand fleuve Styx, aussi appelé Nilus ou Nil et qui, coulant en direction du Nord à partir de l’arrière-pays mystérieux, tourne presque à angle droit vers l’ouest, traversant  les terres pastorales de Shem pour aller se jeter dans la grand mer. Au nord de l’Aquilonie, le plus occidental des royaumes Hyboriens, se trouvent les Cimmériens, des sauvages féroces, invaincus, mais qui progressent néanmoins rapidement au contact de leurs envahisseurs. Ce sont les descendants des Atlantes, et ils progressent désormais de manière plus soutenue que leurs vieux ennemis les Pictes, qui habitent la région sauvage à l’ouest de l’Aquilonie.

Cinq cent ans s’écoulent encore ; à ce moment-là les Hyboris ont une civilisation tellement virile que son seul contact fait émerger les peuples qui la côtoient de la sauvagerie. Le plus puissant de ces royaumes est l’Aquilonie, mais d’autres rivalisent avec lui en splendeur et en puissance. Les Hyboriens sont devenus une race considérablement métissée ; ceux qui sont restés le plus proches du substrat originel sont les habitants du Gunderland, une province du nord de l’Aquilonie. Mais ce métissage n’a pas affaibli la race. Ils étendent leur suprématie sur l’Ouest tout entier, bien que les barbares des immensités sauvages croissent en puissance.

Dans le Nord, des barbares aux cheveux blonds et aux yeux bleus, les descendants des sauvages blonds de l’arctique, ont chassé les restes des tribus Hyboriennes hors des pays enneigés, mais l’antique royaume d’Hyperborée résiste toujours à leurs assauts. Leur pays s’appelle Nordheim, et ils se divisent entre Vanirs roux de Vanahein et Aesirs blonds d’Asgard.

C’est alors que les Lémuriens entrent dans l’histoire sous le nom d’Hyrkaniens. Ils n’ont cessé de pousser en direction de l’ouest à travers les siècles, et désormais une tribu longe les rives sud de la grande mer intérieure – Vilayet – et fonde le royaume de Turan sur sa rive sud-ouest. Entre la mer Intérieure et les frontières orientales des pays indigènes se trouvent de vastes étendues de steppes et, dans l’Extrême Nord, et l’Extrême Sud, des déserts. Les habitants non Hyrkaniens de ces territoires sont dispersés et mènent une vie pastorale ; ils sont d’origine indéterminée dans le Nord, mais dans le Sud, ce sont des aborigènes d’origine Shémite, avec une mince couche de sang Hyborien, héritée de conquérants errants. Vers la fin de cette période de l’histoire d’autres clans Hyrkaniens poussent vers l’ouest, contournant la mer intérieure par le nord, et entrent en conflit avec les avant-postes orientaux des Hyperboréens.

Jetez un coup d’œil sur les peuples de cette époque. Les Hyboriens, s’ils sont dominants, n’ont plus tous les cheveux fauves et les yeux gris. Il y a une forte proportion de sang Shémite et même un courant Stygien chez les peuples de Koth et, dans une moindre mesure, chez ceux d’Argos. Mais dans le cas de ces derniers, l’adjonction de sang Zingarien a été plus importante qu’avec les Shémites. Les Brythuniens de l’Est se sont mélangés avec les Zamoriens à la peau sombre, et les habitants du sud de l’Aquilonie avec les Zingariens à la peau brune. À un tel point que les cheveux noirs et la peau brune deviennent le type dominant en Poitain, la province méridionale de l’Aquilonie. L’ancien royaume d’Hyperborée est plus distant que les autres, mais pourtant le sang étranger coule à flots dans les veines de ses habitants, résultat de la capture de nombreuses femmes étrangères, des Aesirs, des Hyrkaniennes et des Zamoriennes. C’est uniquement dans la province du Gunderland, où les gens n’ont pas pour habitude d’avoir des esclaves, que l’on peut trouver un sang Hyborien pur. Mais les barbares ont gardé leur sang pur ; les Cimmériens sont grands, puissants, ont les cheveux noirs et es yeux gris ou bleus. Les peuples du Nordheim sont d’apparence similaire,  mais ont la peau blanche, les yeux bleus et les cheveux blonds ou roux. Les Pictes ont gardé l’aspect qu’ils ont toujours eu : petits, le teint mat, les yeux et les cheveux noirs.  Les Hyrkaniens ont la peau foncée et sont généralement grands et minces, bien qu’un nombre croissant d’entre eux aient tendance à être trapus et à avoir les yeux bridés, résultat d’un mélange avec une race curieuse d’être évolués, mais rabougris : des aborigènes qu’ils ont conquis dans les montagnes à l’est de Vilayet lors de leurs migrations vers l’ouest. Les Shémites sont généralement de taille moyenne, mais lorsqu’ils sont métissés avec des Stygiens, ce sont des géants, de corpulence forte et large au nez recourbé, avec des yeux noirs et des cheveux bleu-noirs. Les Stygiens sont grands et bien bâtis, ont la peau foncée et des traits réguliers, du moins est-ce le type dominant dans les classes dirigeantes. Les classes inférieures ne sont que le résultat de métissages, mélanges bâtards de sang négroïde, Stygien, Shémite et même Hyborien. Au sud de la Stygie se trouvent les grands empires noirs des Amazones, des Kushites, des Atlaiens et l’empire hybride de Zimbabwe.  Entre l’Aquilonie et l’immensité sauvage Picte se trouvent les marches Bossoniennes, dont les indigènes ont été vaincus par les Hyboriens dans les premiers temps de la conquête. Ce peuple au sang mêlé n’atteignit jamais le degré de civilisation des Hyboriens, dont le sang était plus pur, et fut repoussé par ceux-ci sur les franges du monde civilisé. Les Bossoniens sont de taille moyenne et ont des traits réguliers. Leurs yeux sont marron ou gris, et ils sont mésocéphales. Ils vivent principalement de l’agriculture, habitent de grands villages fortifiés, et font partie intégrante du royaume Aquilonien. Les Marches Bossoniennes s’étendent du Royaume Frontière au nord jusqu’à Zingara au sud-ouest, formant un rempart contre les Cimmériens et les Pictes. Ce sont des défenseurs tenaces, et des siècles de guerre contre les barbares du Nord et de l’Ouest leur ont fait mettre au point des techniques de défense imparables, rendant impossible toute attaque frontale.