Le Géant du Gel, Ymir

Les terres du nord sont un mystère pour les Hommes de l’ère Hyborienne, et une source de terreur pour ceux qui partagent une frontière avec elles et vivent dans la crainte d’un raid venu d’Asgard ou de Vanaheim. De vastes étendues de toundra s’étirent sous un ciel gris duquel la neige tombe aussi souvent qu’un guerrier agite son épée. Et au travers de ces terres indomptées, Ymir observe, le grand géant du gel, dieu de la glace et de la neige. Comme la glace dont il est le dieu et dont certains prétendent qu’il est né, Ymir fait de ceux qui le révèrent des hommes durs, froids et impitoyables.

Ceux qui se sont perdu sur les terres du nord ont entendu de terribles histoires au sujet des filles du géant du givre – belles, évanescentes, charmant les hommes pour les attirer loin de leurs camps dans des traquenards mortels afin de festoyer de leurs cœurs chauds. On raconte que les fils et les filles d’Ymir sont des infortunés égarés si loin qu’ils ont rencontré Ymir lui-même. Leurs esprits, détruits par cette vision inhumaine, reconstruits par Ymir à son image. Cruellement indifférents aux hommes et femmes qu’ils rencontrent, ils ne connaissent que la faim : le besoin de remplir un grand vide auquel ils appartiennent à présent. Cependant, Ymir démontre une certaine affection pour ses créatures tordues et ruinées bricolées sur les restes de ses victimes, les sauvant parfois de ceux qui voudraient les occire. Il lui est aussi arrivé de regarder ses favoris être réduits en charpie avant de poursuivre leurs assassins à travers les contrées sauvages, sa barbe gelée tremblant d’excitation durant la chasse.

Ymir le Craint règne sur le Valhalla gelé, où les morts demeurent dans un royaume fait de halls gigantesques, de glaciers enneigés et d’ivresse éternelle accompagnant les combats et la débauche. Aux yeux des Nordheimir, Ymir est la Terre même, et Vanir comme Aesir lui doivent la vie. Le combat n’est pas seulement à la base de l’économie et de la vie sociale des Nordheimir, c’est aussi le cœur de leur vie religieuse ; Ymir se vénère en combattant tout le jour, puis en festoyant et chantant toute la nuit. Ces dernières activités ont également une valeur religieuse, car la bière est la boisson d’Ymir le brave et, pour cette raison, est considérée comme sacrée et se boit en généreuses quantités. On raconte, parmi les Nordheimir, qu’il est possible d’entrer en contact direct avec Ymir en buvant jusqu’à l’inconscience. Se saouler devient ainsi une obligation religieuse en plus d’être une activité sociale.

On embrasse la vie avec un enthousiasme sauvage et la mort s’accueille de la même manière. Les Nordheimir croient en l’après-vie, et cette après-vie est souvent le miroir de l’existence mortelle qui l’a précédée, et de sa fin. Pour le commun de la population, l’après-vie est terne et triste, consacrée au service des guerriers. Pour les vaillants guerriers, cependant, l’après-vie est faite de combats et de festins dans les plaines enneigées et les halls du Valhalla.

Ymir et le panthéon Nordheimir

Ymir est le roi primordial, géant du gel, dieu à la fois des Aesirs et des Vanirs. Pour les Nordheimir, il représente la Terre elle-même, perçue comme entièrement constituée de glace et de neige. On ne le vénère pas par des rituels élaborés, mais en combattant tout le jour puis en buvant et chantant toute la nuit.

Ymir occupe une place importante dans le mythe de création des Nordheimir, qui n’ont guère besoin des dieux si ce n’est pour alimenter leurs épopées et leurs chants sauvages. On raconte qu’il fut le premier être ayant jamais vu le jour, s’extirpant de la glace fondue juste avant que le deuxième être apparaisse : la vache primordiale Audhumla qui lui fournit sa seule source de nourriture grâce à son lait. Le corps d’Ymir produisit les premiers êtres humains, un homme et une femme congelés dans la sueur de son aisselle gauche. Leurs descendants sont les Vanirs et Aesirs.

Malgré son rôle de dieu créateur de toute vie sur la Terre, Ymir est un dieu mauvais qui remplit le monde de trolls et autres formes de vie malsaines. Depuis son grand hall en Valhalla, il enveloppe le nord dans un voile de gel et de neige et envoie sa fille, Atali, pourchasser de puissants guerriers et de les abattre au cours de rituels sanglants, plaçant leurs cœurs encore battants au pied de son trône. C’est après tout le seul moyen dont dispose Ymir pour jauger le mérite de ces guerriers et juger de leur droit à rejoindre le Valhalla. Peu d’hommes vénèrent activement Ymir, mais il est révéré et respecté, on proclame des serments en son nom et lui offre sacrifices. Le sacrifice rituel d’une chèvre, d’une vache ou d’un ennemi pris à la bataille se déroule ainsi ; les participants dévorent le cœur du sacrifice et abandonnent son corps sanglant dans la neige.

Lorsqu’il est représenté sur une pierre gravée, Ymir porte une barbe fourchue, un œil brillant et un gouffre sombre à la place du second. Le dieu porte un casque cornu et une armure d’écailles, armé d’une grande hache ou d’une lance. Son chariot, tiré par quatre chèvres (ou deux chèvres à huit pattes), fait gémir le vent d’hiver lorsqu’il passe.

Certains prétendent qu’Ymir est bien plus terrible que les Nordheimir le soupçonnent. Sa véritable forme serait celle d’une monstruosité tentaculaire borgne, un dieu ancien répugnant et terrifiant se drapant dans l’apparence d’un géant de glace – seul biais par lequel les Hommes peuvent accepter son existence.

Les Filles d’Ymir 

Les filles d’Ymir apparaissant sur les champs de bataille sont  souvent dépeintes comme portant des armures d’écailles,  transportant lances ou épée larges, ainsi que des boucliers.  Il est dit que les aurores boréales sont provoquées par la  lumière de la lune se reflétant sur leur matériel de guerre,  lorsqu’elles se rassemblent et volent ensemble dans le ciel pour  accomplir les desseins de leur père.

Atali

Elle charme les hommes égarés ou blessés dans les terres du nord et les entraîne dans des traquenards où ses frères, les Fils d’Ymir, ressemblant à de gigantesques guerriers du Nordheim, surgissent pour les abattre, s’ils n’ont pas déjà péri dans le froid glacial. Atali apporta le seid aux femmes du Nordheim. (voir Völvas)

Hilde

Elle sert d’yeux à Ymir au dessus des champs de bataille, et apparaît souvent sous la forme d’un oiseau blanc volant à une hauteur inhabituelle dans le ciel, hurlant de façon perturbante à l’attention des combattants en dessous, les incitant à accomplir des prouesses dédiées à son père et à ses sœurs.

Hrist

Une sorcière influant sur le climat. Elle commande aux nuages, baignant les champs de batailles sous le brouillard pour favoriser la violence des massacres en augmentant les chances d’embuscades.

Ragna

Connue sous le nom de la « Briseuse de serments », Ragna pousse les meneurs à la guerre, en les provoquant dans leurs halls ou en murmurant à leurs oreilles dans leurs lits. Elle peut s’incarner sous l’apparence de n’importe quel mortel vivant et utilise cette aptitude pour tromper et mener même les esprits les plus tempérés à la rage et à l’action furieuse.

Sigrun

Peut être la sœur la moins dangereuse, elle est aussi celle qui apparaît le plus rarement. Elle erre au dessus des berceaux des enfants – possiblement pour se repaître de leurs chairs – et les dérobe à leurs parents, laissant des pierres froides à leur place.

Skogul

L’ainée supposée des filles d’Ymir, elle est peut être la plus malveillante, apparaissant sur les champs de batailles pour distraire et mener à l’erreur ceux qu’elle choisit pour le Valhalla, provoquant leur mort au sommet de leur gloire.

Godi et Godar Nordheimir

Les shamans Nordheimir, connus sous le nom de godi en Vanaheim et de godar en Asgard, tiennent un rôle plus politique que religieux, assurant le poste de chef en même temps que les cérémonies religieuses accompagnant certains événements.

La foi est une pratique personnelle chez les Nordheimir, mais ils disposent malgré totu d’oracles assez similaires aux oracles Cimmériens. Un Nordheimir ne peut s’engager sur la voie religieuse qu’en vertu de son lignage, de sa richesse ou de sa réputation. S’il n’est pas à la hauteur dans l’un de ces trois critères, les siens ne le choisiront pas pour assumer le rôle de godi/godar.

Il se doit d’être le descendant d’un roi ou d’un godi/godar, riche selon les standards Nordheimir et réputé parmi les clans. Devenir godi/godar est souvent la voie choisie par les héros guerriers prenant enfin leur retraite.

Les cérémonies se pratiquent en extérieur, dans des lieux sacrés : sous l’arbre gardien, près du puits sacré ou dans un cercle de pierres dressées à titre d’exemple. Le shaman Nordheimir se consacre principalement à la divination.

Parmi les Aesirs, qui sont fiers et indépendants, la religion est considérée comme une pratique personnelle. Nul n’éprouve le besoin d’avoir un « prêtre » interprétant les propos d’Ymir pour eux, et nul n’a de temps à y consacrer. Chaque homme est son propre intermédiaire avec Ymir. Les Aesir ne construisent pas de temples, mais reconnaissent le caractère sacré de nombreux sites extérieurs ; montagnes, iles, champs, pierres, bosquets… Trois fois par an, les Aesirs tiennent une cérémonie destinée à apaiser Ymir. Ils demandent la victoire à la bataille et sacrifient hommes comme bêtes, festoyant prodigieusement par la suite et chantant à la gloire des héros et des guerres. Ces cérémonies se tiennent une fois au printemps, au milieu de l’été, et en automne. Elles durent plusieurs jours, sont bruyantes et brutales, tout comme le reste de leur vie.

Völvas

Une völva est une sorcière Nordheimir pratiquant le seid, qui s’apparente à un shamanisme local. Le  seid est considéré comme une pratique efféminée dans les traditions Nordheimir, raison pour laquelle la quasi-totalité des völvas sont des femmes. Une poignée d’hommes, cependant, ont parfois emprunté ce chemin, généralement après des expériences traumatiques aux portes de la mort. La pratique du seid est considérée comme féminine par sa nature manipulative qui s’oppose à l’attitude franche et directe honorable parmi les hommes Nordheimir. Les vieilles völvas sont bien souvent considérées comme des esprits messagers de la mort. La principale forme de magie pratiquée par ces femmes est la divination, l’hypnotisme, une magie proche de la nature, ainsi que la pratique des malédictions. De vieilles et puissantes völvas pratiqueraient la nécromancie.

Les völvas portent des manteaux noirs à capuches noires rembourrées de fourrure de chat. Certaines sont nues sous ce manteau, d’autres s’habillent à la mode locale. Une poignée d’entre elles portent l’épée au côté. Elles portent cependant avec elles un bâton symbolisant leur pouvoir, seidstaff, qui soutiendrait leur pratique magique. Le seidstaff permet à la völva d’incanter sans avoir besoin de toucher l’objet qu’elle souhaite atteindre puisqu’elle peut se contenter de toucher ce dernier du bout de son bâton qu’elle tient par l’autre bout.

On raconte que la völva quitte son corps et adopte la forme d’un animal tandis qu’elle traverse les royaumes de la réalité. Sa transe est rendue possible par de nombreuses pratiques, selon celle qui l’a entrainée. Lotus, privation de sommeil, privation des sens et chants rituels sont toutes des méthodes employées par les différentes völvas.